Le contexte des rencontres

De l'importance des espaces de  « cruise »

Dans l’imaginaire gais, les lieux de rencontre sont souvent qualifiés en fonction de leurs usages : certains sont dits « conviviaux » et, proposant des loisirs, s'orientent vers l’établissement de liens sociaux, d’autres plus « cruises » favorisent des rapports plus impersonnels et charnels. Ces pratiques distinctes des espaces de rencontres nous rappellent la place de la sexualité dans nos habitudes et, en particulier, la difficile négociation entre ce qui reste de l’intime et ce que nous pensons pouvoir exposer au grand jour. Cette segmentation spatiale entre convivialité et plaisir, n'est pas nouvelle mais semble ne plus se perpétuer dans la logique de la honte mais plutôt relever de stratégies personnelles dans un contexte de visibilité régulée de la population gaie : un paysage urbain plus tolérant n'en imposant pas moins ses règles. Nous ne parlerons ici que des espaces orientés explicitement vers la sexualité : lieux extérieurs de cruise, saunas, sexe-clubs avec backroom, peep-shows et sex-shops avec cabines. La liste est proposée dans la rubrique Queercrusiing dans la barre de menu.

Du voyeurisme à l'exhibitionnisme

Un voyeur est une personne qui atteint la satisfaction sexuelle en regardant d’autres personnes faire l’amour, ou en les observant à la dérobée lorsqu’ils se déshabillent ou sont nus.

Ainsi, dans des toilettes publiques, trouvait-on des parois percées permettant de surprendre une personne en train de satisfaire à ses besoins. Jumelles et autres téléobjectifs en sont les précieux outils. Les voyeurs se rencontrent souvent chez des hommes jeunes et semblent diminuer avec l’âge mûr.

Tout comme les animaux, l’être humain est excité lorsqu’il entend ou voit d’autres personnes en train de faire l’amour. Ces pratiques sont extrêmement excitantes pour de nombreux individus. Le candaulisme désigne pour un homme le fait de regarder son partenaire dans un relation sexuelle avec un ou plusieurs partenaires.

L’exhibitionnisme est une excitation ressentie en montrant ses parties génitales ou tout autre partie de son corps le plus souvent cachée. C’est une volonté de transgresser les interdits sociaux. L’exhibitionnisme se passe sans l’accord de ceux qui assistent à cet acte.

Il existe de nombreuses sortes d’exhibitionnismes répondant à des motivations et des bénéfices spécifiques. L’acte peut être consensuel ou non. De toute façon, il produit une satisfaction de l’ego, un plaisir de la nouveauté, ou parfois un embarras, une gêne, ce qui permet d’atteindre le haut degré d’excitation nécessaire pour atteindre l’orgasme. Il existe de nombreux cas de figures d’exhibitionnisme.

L’image la plus fréquente est celle du « pervers pépère » affublé de son pardessus, le sexe sortant de la braguette. Une autre forme est celle qui consiste à se dévoiler devant des personnes susceptibles d’être fortement choquées : enfants ou bonnes sœurs. On peut également envoyer des photos à des personnes censées être choquées par de telles images. Les petites annonces illustrées des magazines pornos sont aussi un bon support à l’exhibitionnisme. Les gays ont développés un exhibitionnisme propre relatif aux jeux en backroom ou chacun baise devant les autres sans la moindre gène.

L’exhibitionnisme, répréhensible par la loi, peut aussi se réaliser en couple ou par procuration : l’homme utilisant son mec comme objet d’exhibition. Il faut noter que les femmes sont rarement poursuivies pour attentat à la pudeur alors que les hommes subissent de fortes condamnations. Alors que le texte de loi ne fait pas de différence de sexe quant au délit, la jurisprudence montre bien que seuls les hommes sont lourdement condamnés. La « chasse aux pédés » sur les lieux de dragues gays par la Police doit amener à la plus grande prudence. L’exhibition sexuelle (anciennement outrage à la pudeur). Sont réprimés les actes qui, par leur licence et leur publicité (actes commis dans un lieu public), sont de nature à blesser ceux qui y ont assisté fortuitement. Peines encourues : 1 an d’emprisonnement et/ou 1500 euros d’amende.

Backrooms orgies & sexe à plusieurs

Dans les sexe-clubs et les cruising clubs (plus hards) l'espace est en général organisé en trois territoires distincts ; le bar sui impose sa convivialité, des espaces intermédiaire d'approche, et enfin une backroom ou des salles à thème aménagées ou l'on peut trouver des clients qui se masturbent seuls en voyeurs ou encore baisent en groupe passant d’un partenaire à l’autre.

Ces lieux de libertés sexuelles permettent de calmer les frustrations et de satisfaire ses fantasmes. Ils permettent à certains couples de rencontrer d’autres personnes sans pour autant mentir à leur partenaire.

En France, dans beaucoup de backrooms, la communication se réduit parfois à sa plus simple expression. Le « tu suces ? » faisant office de présentation sommaire. Nous sommes loin des interminables « Ça va et toi ? », qui, tels des BarbiePouffes parlantes, nous rapprochent habituellement du monde hétérocivilisé. Dans ces lieux de stupres sodomites, certains couples spontanés (comme on le dit des générations) ne connaissent même pas leurs prénoms respectifs, ce qui n'exclue pas de la convivialité. En fait, les habitués sont nombreux et les fuckfriends deviennent vite nombreux ! Dans les darkroom, iln e faut pas se voiler la face : soft ou hard, ici on vient pour baiser avec des inconnus : des corps. C’est-à-dire avant tout, une bite ou un cul, que l’on n’aperçoit pas forcément dans la pénombre moite. On passe d’un corps à l’autre, puis à un troisième encore, jusqu’à plus soif. Par la suite, on arrive au beaucoup plus sophistiqué : « T’es actif ou passif ? » (« T’encules ou tu te fais mettre ? » quoi). Dans certaines backrooms, les corps vont et viennent, se prêtent et s’échangent. Apparaît alors un véritable communisme sexuel. Et même les plus vieux ou les moches ont (ou devraient avoir) leur chance. Et tant mieux pour eux.

Si les saunas sont plus « familiaux », c'est parce qu'il proposent des espaces aux fonctions plus diverses : on peut s'y rendre pour des soins, y pratiquer un sport et, certes, avoir du fun dans des cabines. Le raw sexe est moins facile, car, en province en particulier, tout le monde se connaît très vite, ce qui pose difficulté pour réduire l'autre en simple objet de plaisir. Mais au fond, que cherche-t-on dans le sexe anonyme sinon plaisir ou rassurement.

Dans ce contexte bien particulier, le respect du safe sex passe par une bonne expérience de ce contexte de la baise où, au préalable, il faut maîtriser ses pulsions : ne pas zapper le gel, le préservatif parce que l'envie dépasse tout entendement. Dans un second temps, il faut maîtriser les enchaînements, le cumul d’actes sexuels des uns et des autres dont on ne sait rien et envers qui aucune confiance ne doit prévaloir. Qui a fait quoi et avec qui avant de se proposer à toi ? Tu n'en sais rien donc à toi de te protéger et de te préparer lors de ces pratiques en extérieur, très directes ou en backroom : si tu compte te faire enculer il est par exemple souhaitable de te prélubrifier (lubrifiant) et te préparer à une décontraction optimale. Tu dois donc être très vigilant et de manière générale : 

  • ne jamais prendre ni de sperme ni d'urine en bouche ;
  • avoir toujours sous la main capotes et gel ;
  • éviter toute pratique SM pouvant créer des lésions cutanées dont tu n'aurais pas conscience immédiatement ;
  • si tu cherches des plans de type Baise à la chaîne, fais toi accompagner par un de tes potes : il supervisera l'aspect sûr de cette démarche.
  • En fait, prends soin de maîtriser au mieux tes conduites et celles de tes partenaires dans ces lieux où l'anonymat ne favorise pas la prévention. Par ailleurs il est très populaire pour les barebackers de se retrouver dans ce contexte, permettant de trouver des partenaires en nombre. Tu dois donc, si tu n'es pas un adepte de la pratique prendre garde de ne pas te trouver dans une situation d'excitation te conduisant à oublier le condom. Il se peut donc que tu sois sollicité pour des trips sans capote, alors informe toi dans notre rubrique Barebacking sur les conséquences de rapports non protégés. Sache qu'avec un peu de malchance une seule fois suffit, alors ne te piège pas ! Dans le cas de plan abattage, aussi appelé gang-bang, il est préférable de se faire accompagner par un de ses amis qui supervisera l’aspect safe de ce trip. La confiance en son partenaire ne protège pas du sida.

    Les abattages - Gang bang & tournantes

    À l’origine, l’abattage était une châtiment que les proxénètes infligeaient aux prostituées désobéissantes. Les femmes étaient alors placées dans des hôtels de passe, des foyers ou des chantiers, où elles recevaient des dizaines d’hommes par jour. Les gays sont très friands de ces trips abattages.

    C’est une pratique que l’on retrouve également dans les rapports SM, lorsque l’esclave, par dévouement à son maître, s’offre à un nombre conséquent de partenaires choisi par lui. Ce fantasme a connu un fort développement à la fin du XXè siècle. Le nombre de lieux de rencontre parisien a triplé dans le courant des années 1990. Paris est aujourd’hui une des capitales mondiale du sexe : la plus grande backroom du monde. L'abattage est devenu dans ce contexte très à la mode et, sur Internet, en particulier sur les sites bareback, les tournantes et mises à disposition sont monnaies courantes. Certaines parties sont safe, d'autres non ... il est souvent possible de négocier le port du préservatif, la plupart des adeptes préférant une queue avec condom que rien du tout ...

    Cruise & codes de bonne conduite

    Dans les salles obscures (darkroom, salle de cinéma des peep-shows), tu dois éviter de parler ou le faire à voix basse. basse. Ne t’incruste paset laisse tes mondanités au bars ou dans les espaces à préambule. Pour ce qui est de ta manière de te présenter, tente de t'adapter à l'espace, de trouver un dress-code adéquat, évite de te parfumer, sauf si tu te la joues Drag/TraV, ne provoque pas dans un autre registre et si tu es voyeur, reste en retrait. Dans les trips naturistes, tu n'as pas à rester habillé, les dress-code est la nudité. Ne débarque pas dans ces espaces pour pétasser ou glousser avec ton meilleur ami en faisant des commentaires. Même si tel trip te semble totalement bizarre, ne rie pas des fantasmes des autres et reste tolérant : chacun a ses trips et tant que les acteurs se respectent et prennent du plaisir, tout va bien.

    Nous devons ici te rappeler que dans un contexte de cruise où le sexe en groupe est pratiqué tu dois respecter les plans en cours et ne pas pénétrer dans des espaces en retrait ou verrouillés. Si certains partenaires se mettent à l'écart c'est pour trouver une certaine intimité et tu peux ne pas être le bienvenu. Si tu abordes un mec et qu'il te repousse, n'insiste pas et ne reviens pas à la charge, souvent tout est dans un regard et, si dominer est un trip, assure-toi que toi et ton partenaire êtes bien sur la même longueur d’onde. Respecte les codes et mots d’arrêt, ne force jamais une personne, cela s'appelle un viol. — Dominateur, actif, sado, top, maître : respecte les limites et la volonté de ton partenaire — Dominé, passif, maso, bottom, esclave : sois clairs sur tes envies, tes besoins, tes limites et ne fruste pas celui que tu as démarché.

    Certains n’aiment pas les plans à plusieurs. Attends d’être invité avant de te joindre à un groupe. Si tu fais des plans sonores ou verbaux, merci de ne pas déranger les autres. Certaines backroom sont silencieuses, d'autres lieux souvent avec matériel ou cabine, ont un environnement sonore assez Porno Pop.


    Du point de vue médical, même si cela peut casser un délire, Informe tes partenaire d’éventuels soucis médicaux. : ne partage pas tes microbes et autres IST ! Si tes pratiques mobilisent des équipements et que tu les salis, c ’est une bonne idée de nettoyer après ton passage ou d'avertir les employé de la nécessité de passer faire un peu de ménage. Tu peux laisser alors un pourboire. Face à des comportement qui te semblent non recevables, signale les pratiques que tu penses dangereuse ou irrespectueuse à la direction mais tente de discuter à l’écart d’un éventuel désaccord. Si tu constates l'absence de matériel de protection, ne reste pas silencieux et démarche le barman pour obtenir capotes, gants et gel : ce matériel est à ta disposition au bar, la plupart du temps. Cependant, tu dois toujours apporter avec toi de qui te protéger, et cela est obligatoire si tu cruises en extérieur : les services municipaux n'ont pas encore mis de nids d'hirondelles avec gel et préservatifs dans les bosquets, ni signé la charte de responsabilité ;)

    Les lieux extérieurs de rencontre

    Sur les lieux extérieurs, pense à garder l’endroit propre : ne laisse pas traîner les capotes usagées, ainsi que leurs étuis, les mouchoirs, etc…

    Fait également attention à ne pas t’exhiber devant des enfants ou des personnes susceptibles d’être choquées, à ne pas proposer ou solliciter des actes rémunérés. Même si la prostitution n'est pas prohibée, son expression sur la voie publique est sujette à amendes.

    Par ailleurs certains espaces étant loin de toute habitation ou animation nocturne, méfie toi du gay bashing : les casseurs de Pédés savent qu'ici la solidarité n'est pas de mise et que leur champ est libre. Toute agression doit te conduire à porter plainte, cela oblige la police à faire quelques rondes et à prendre en compte la réalité du cruise gai. Des association peuvent te soutenir de ta démarche. La honte et le renoncement à tout dépôt de plainte favorise l'impunité des casseurs.

    Tu dois aussi éviter de prendre tes cartes de crédit ou de l'argent de poche. Si tu te déplaces en voiture ne prend pas tes clefs. Si tu souhaites ramener une personne à ton domicile pose lui les bonnes questions, celles qui font que tu distingueras rapidement un gars non concerné par la sexualité gaie d'un autre. Impose avent de ramener le gars chez toi le passage dans un lieu public, un bar, un lieux où des témoins vous verrons ensemble.

    L’exhibition sexuelle (anciennement outrage à la pudeur). Sont réprimés les actes qui, par leur licence et leur publicité (actes commis dans un lieu public), sont de nature à blesser ceux qui y ont assisté fortuitement. Peines encourues : 1 an d’emprisonnement et/ou 1500 euros d’amende. Les autorités prennent le prétexte de ces attentats à la pudeur, des des dégradations ou de la présence de capotes usagés pour fermer nos lieux et mettre en place un système répressif. Nous n’avons rien à y gagner.

    Sexe performers & cruising clubs

    Pour certains mecs, la sexualité est une compétition qui se juge en terme de performance. Stakhanovistes phallo-rectaux, les sexe performers enchaînent les partenaires comme autant d’épreuves sportives. Les sexe performers partent à la chasse dans les back room et autres lieux extérieurs. Les championnats du cul sont toujours ouverts.

    Le combattant du sexe à ses armes : gel, poppers et capotes. En France, les établissements gays veillent autant aux gays qu’à leur argent... Ces back-roomers proposent donc un arsenal de prévention piloté par une association pour entrepreneurs gais le SNEG. Souvent décrié par des associations tels Act-Up, il ne faut pas nier son rôle primordial dans la prévention en milieu gai.

    Dans la plupart des sexe-clubs français, les préservatifs sont « disponibles au bar » et les présentoirs d’information « bien alimentés »?. Cependant, les Pipe-Lifes (distributeurs de préservatifs et de petites doses de gel conçus par le Syndicat national des entreprises gaies), sont parfois vides. Face à cette difficulté, il semble difficile, pour les associations, de dénoncer ces établissements sans produire méfiance et hésitation à s’inscrire au programme dont la crédibilité est pourtant assujettie à son application. Mettre en avant la responsabilité des patrons est un peu simpliste : dans tout commerce les clients ont leur mot à dire et l’indifférence semble bien partagée. Rappelons que cette « assistance » typiquement française a ses limites et qu’il est du devoir de chacun d’amener son matériel de prévention lors de trips de cruise, quitte, certes, à trouver sur place tout ce qui est nécessaire.

    Plus d’information rappelons que, peu après le débat autour du bareback mis à la lumière des média par Act Up-Paris, pour relancer la prévention dans les établissements de sexe, Act Up-Paris, Aides et Sida Info Service signaient, en mai 2002, avec le SNEG, la « charte de responsabilité ». Ce document, qui a pour objet de définir les engagements des adhérents du SNEG face à l'épidémie de sida et autres infections sexuellement transmissibles, a été signé par de nombreux saunas, mais aussi par des sex-clubs. Ces établissements s'engagent notamment à informer leur clientèle, à leur fournir du gel et des préservatifs gratuits, et à assurer l'hygiène et l'entretien de leurs locaux. Cette charte est promue comme un label de qualité, mais évidemment ne s’impose à personne… il semble donc difficile de dénoncer publiquement ces établissement, radiés de la chartre.

    Mais revenons à nos serials fuckers.. qui font la tournée des bars et bordels, à la recherche de nouveaux partenaires. Combien de mecs au tableau de chasse ? Un, deux, trois, quatre ou plus encore ? Cela ne s’arrête pas, ne s’arrête jamais, car le désir une fois comblé déjà renaît et bande. Ils mettent un cockring pour toujours bien bander. Certains prennent du viagra (à ne jamais associer au poppers). Car les sportifs du sexe ont aussi leur dopant libidinal. L’alcool, drogue en vente libre, ça désinhibe. Puis la drogue, la coke, les ecsta, etc. Alors forcément, les sexe runners sont plus performants. Il faut bander pour être, jouir pour exister. Chaque partenaire, comme des points à leur palmarès et la preuve formel de notre existence. Existence purement sexuelle. Et, comme dit la chanson, au petit matin, ils se retrouvent, à nouveau, tout seul comme un tocard. Est-il possible de rester safe et être un Sexe Performer,: sans aucun doute mais avec beaucoup d'effort et d'entêtement.

    Internet : nouveau lieu de fantasmes, de cruise et d'expériences

    Après 20 ans de minitel, la drague sur écran a connu sa révolution du net. Avec des petites annonces, des profilers et du dialogue en direct sur Internet : place à l’image et à la cybersexualité. Fini les mecs rencontrés par minitel à la description apollinienne qui se transforment, une fois chez vous, en truie informe. Avec la Technodrag, pics, webcams, IRC et autres chats, on a affaire à des gros seins et des gros culs et ça se voit ! Le sexe connaît sa révolution de l’image.
    Internet a démocratisé l’accès au cul. Le net éjacule des millions de pages vouées au sexe. Des centaines de milliers de pics, vidéos et textes sont disponibles gratuitement sur des milliers de sites commerciaux ou persos. Du sex-shop en ligne aux webcams d’exhibs en passant par les sites de sexologie, tout se trouve, se regarde ou s’achète. Amateurs ou pros, payants ou free, le web propose des sites plus pointus les uns que les autres. Chaque sujet, même le plus particulier y est abordé, décortiqué, illustré, théorisé.

    On peut rencontrer des mecs proches de ses fantasmes. Chacun pouvant, grâce à ses pages persos, être mis en contact avec d’autres mecs aux trips identiques. Hyper spécialisé, on y trouve de tout, aussi bien des images de jumeaux sodomites, des rapports homozoophiles, du trash, du pédo ou du handisexe. Il y en a pour tous les goûts, du bon au mauvais. Internet est une formidable bibliothèque du sexe, alternative, underground et mondiale. L'impact sur les jeunes gais est considérable.

    Les codes de drague évoluent avec la technique : grâce aux webcams, l’imaginaire et le cérébral font place au visuel. Face à face, en visioconférence, les sex-internautes se parlent, se testent et s’exhibent. On sait à l’avance à qui l’on a affaire et on évite ainsi les mauvaises (ou bonnes) surprises. C’est rapide, pratique, sans risques et safe. Le rapport cybersexuel devient purement scopique. Point de turgescence ni d’odeur ou de matière. On préfère les représentations au réel. Divaguer d’images en images plutôt que de corps en culs backroomesques. Des icônes plates sur lesquelles on se branle, une érection en deux dimensions, des corps intouchables, quelques pixels de désir à l’état brut. Le sperme des images… Avant le passage à l’acte, ou pas. En attendant prochainement la 3D sensorielle et la sexualité virtuelle avec des fucking avatars de synthèse.

    Nouvel enjeu communautaire dans nos cités câblées (où l'espace traditionnel des rencontres homosexuées trouve son pendant dans l'univers des services proposés aux internautes), Internet est donc bercé par de nouveaux langages et scripts sexuels qui laissent entendre un nouvelle perception de l'autre mais aussi du risque encouru dès lors que des rencontres se réalisent.

    Ce sont de ces rencontre dont nous parlent les participants à l’étude internationale que nous menons à travers les clubs de rencontres associés au site Safeboy. Nos premiers résultats indiquent que le réseau favorise l'expression de la sexualité et la réalisation de relations sexuelles directes où les préliminaires peuvent être esquivés. En effet, l’anonymat/distance qu’il procure permet de tester ce « premier regard de l'autre » qui caractérise toute interaction, qu’elle soit ou non sexuelle. Le choix du site fréquenté, la manière de s’y présenter, les mots utilisés pour clavarder ou s'annoncer, formalisent des postures, des styles d’énonciations de nos désirs comme de nos besoins dans ce nouveau territoire de cruise.

    De la quête d’une amitié, de l’alter ego, d’un chum, d’un fuckfriend, d’un échange furtif ou d’une compagnie, la diversité des attentes rejoint celles visées par la fréquentation des espaces traditionnels de rencontres mais l'usage du réseau semble permettre d'échapper au poids normatif, à certaines formes de contrôle social, à l’étiquetage (style) qu’ils imposent, comme de mieux y négocier nos rencontres.

    Échapper ainsi au regard de l’autre permet l'expression de nouvelles cultures de sexe dont certaines peuvent être associées à l’expression de conduites à risque face au VIH.Sida. Maintenu jusqu’alors silencieux par les modèles de prévention à l’œuvre dans l’espace social traditionnel, le barebacking prend sa place, tant dans l'univers des rencontres en ligne que dans celui, plus fantasmé, des sites pornographique. Internet semble ainsi tenir le rôle d’un espace supplémentaire où peuvent être recomposés favorablement les rapports entre sexualité et convivialité, au risque du VIH/Sida et, parfois, de l’addiction. Si les rapports sociaux s'y recomposent, ils semblent perpétuer certaines formes d’exclusions à l'oeuvre la culture gaie traditionnelle (âge, éloignement géographique, apparence etc.).
    ** Les textes originaux revisités ou complétés dans la rubrique Hard & SM de Safeboy proviennent en tout ou partie du Guide du Sexe Gai d'Eric Rémes (aux éditions Balland, 2003). Leur droits furent acquis pour un usage exclusif sur nos editions. ©2003 Association Com on west
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